Les grottes de Lascaux et leurs fresques bizarres, c'est quoi? De la photo? La Joconde et son sourire pas si énigmatique que ça, c'est quoi? De la photo? Le suaire dit «saint» de Turin, c'est quoi? De la photo? Staline et ses sbires - une fois sans l'un, une fois avec l'autre, des fois aucun autre sur le même cliché - c'est quoi? De la photo? Un(e) mannequin sur une page publicitaire, c'est quoi? De la photo?

 

M'est avis que, des pigments préhistoriques aux dernières versions de Photoshop, la photo n'existe pas. C'est un leurre, une vision, un fantôme, quelque chose qui tient non pas de la réalité, mais de ce que la réalité suscite en nous. Et c'est là que ça devient intéressant, justement.

 

La photo n'existe pas et pourtant nous en consommons des milliers par jour. La photo n'existe pas et pourtant, le marché persiste à mettre tout le monde à l'unisson du « tout numérique », du MMS, de l'image captée même dans la plus stricte intimité des discothèques ou des scènes de violence entre adolescents, ou même des pédophiles. La photo n'existe pas.

 

En tant que telle, la photo n'a pas plus d'intérêt qu'une poêle à frire, un Tupperware ou une paire de chaussures. C'est un objet devenant de plus en plus quelconque. Par contre, il existe un photographe. Il existe un peintre rupestre ou de la Renaissance. Il existe une personne qui, derrière un pinceau ou un objectif, fait que la réalité devienne sienne, subjective, audacieuse ou morne-plaine, poétique ou prétendument « objective ». Un artiste, un chercheur de beauté, un chercheur d'une autre vérité que la prétendue réalité.

 

Chez Stéphane Gerber, on ne trouve pas de photo, mais un photographe. Pas de peintre hyperréaliste, mais un homme, tout simplement. Qui sait dire ce qu'il voit et nous interpeller sur ce que nous avons vu autrement ou pas vu du tout. Pas de photo, mais de l'humain.

 

Denis Seydoux

 

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