Le poids des mots, le choc des photos! Le slogan tapageur jadis lancé par Paris Match ne s'applique pas vraiment à la démarche choisie par Stéphane Gerber. Et pourtant, il exerce le même métier que les photographes de l'hebdomadaire français. Mais il le pratique à l'image de ce qu'il est au plus profond de lui-même, avec pudeur, humanité et dans le respect des personnes qui se trouvent face à son objectif. Qu'on ne s'y méprenne pas! Cela ne l'empêche pas d'être un témoin privilégié de son époque. En «feuilletant» son album électronique, on prend toute la mesure du poids des photos, les mots étant soudain vains.

 

Présent sur la plupart des événements qui ont marqué notre région au cours des deux dernières décennies, il nous offre quelque 400 clichés sélectionnés pami des milliers d'images. Le choix est forcément subjectif. Il ne peut être question d'exhaustivité. Et pourtant, c'est l'histoire parfois chahutée de ce pays qui «défile» sous nos yeux. Des retrouvailles entre feu Roland Béguelin, secrétaire général du Rassemblement jurassien, et Marcel Boillat, l'ex-terroriste de retour de son exil espagnol, à la cérémonie inaugurale de l'Assemblée interjurassienne. Que de chemin parcouru entre ces deux moments! Ce n'est pas la Sentinelle des Rangiers qui nous contredira... Alors qu'on la découvre posant fièrement derrière le plus célèbre espion de Suisse, le colonel brigadier déchu Jean-Louis Jeanmaire, on la retrouve quelques années plus tard gisant sur la route du col, décapitée de surcroît. Terribles destins. Curieux parallèle, n'est-ce pas?

 

Dans un registre moins tragique, encore que, il a fallu un rien pour que Jacqueline Fendt, alors directrice d'Expo.01, ne tombe à l'eau. Le plongeon, ce sera pour plus tard... Quant à Hans Stöckli, le maire de Bienne, on a presque oublié ses rondeurs de jadis. Toutes ces scènes, tantôt graves, tendres ou cocasses, Stéphane Gerber nous les propose dans une rétrospective qui mérite qu'on s'y arrête et qu'on y revienne!

 

Béat Grossenbacher

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