«Eh bien, y a pas photo!» C'est typiquement l'expression que l'on retrouve dans les commentaires sportifs de nos quotidiens. Comble de l'argumentaire, pour illustrer les propos, on vous servira l'image du délit.

 

Bienvenue dans le monde de la presse où la photo décompresse. L'image, d'ailleurs, n'accompagne jamais un article. Elle le sert et met en valeur l'écrit. L'image ne ment pas souvent, car elle transpire l'actualité. La photo, c'est une image, un reflet, et même, un cliché. La photo fait rêver, alors que l'article nous ramène souvent à la sèche réalité du sport.

 

Voilà peut-être pourquoi, parfois, le journaliste jalouse le photographe. C'est que ce dernier, en un cliché, en racontera davantage que le consciencieux scribouillard en cinq cents mots et deux métaphores. Et il n'y a pas que ça. Les mots auraient du poids et les photos choqueraient. Prenez un événement sportif. Le photographe n'est jamais planqué, bien au chaud sur la tribune de presse. Non, non, il est dans l'action, au cœur des événements. Il sait, il sent l'action. Il connaît les manies, les superstitions, les envies et toutes ces petites choses que le journaliste, loin du photographe, ignore.

 

Foutaise? Et si la photo n'était qu'un bouchon, une astuce inventée (par les journalistes bien sûr) pour remplir la page? Et y donner un peu de couleurs. Le lecteur, parfois, s'en amuse. «Grande image, petite inspiration». Paraît même que la photographie de presse est dépassée, délavée, bientôt effacée à l'heure du numérique, du SMS, du MMS et de tout ce que les nouveaux médias nous inventent.

 

Non, non, n'y croyez pas vingt-quatre fractions de secondes.

 

Il n'y pas photo.

 

Raffi Kouyoumdjian

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