Voilà. Une fois de plus, ils ne pouvaient passer deux heures ensemble sans que le ton monte immédiatement, que les reproches fusent, que les langues sifflent. Pourtant, de fait, ils vivaient déjà séparés, elle ne regagnant le domicile qu'une ou deux fois la semaine. Il fallait bien donner le change. Ils avaient en effet si bien incarné ce couple idéal, beau, riche et célèbre, dont toute une nation était fière. Personne pourtant n'était vraiment dupe de ses frasques à lui, de ses écarts de conduite, de son besoin irrépressible de paillettes et d'étoiles, et tant pis si la plupart étaient filantes. Tout le monde savait aussi qu'elle se refaisait une santé amoureuse auprès d'un méditerranéen fou d'elle et de ce qu'elle représentait.

 

Le silence se fit, enfin. Parenthèse qui se referme sur deux êtres à bout de souffle. Mais jamais à court d'arguments. C'est lui qui reprendra une dernière fois la main dans ce jeu d'influences: «Je ne te demande qu'une chose: souris aux photographes qui nous regardent. Car ce sont eux qui font la victoire, bien plus que les commentaires savants que personne ne lit».

 

Le lendemain, vêtue d'un tailleur rose, elle frissonnait dans ce cabriolet qui n'était pas de saison, même à Dallas, Texas, en ce 21 novembre 1963. Elle souriait quand même, bien sûr, aux côtés de son mari qui sillonnait l'Amérique pour décrocher son second mandat.

 

Jusqu'à ce que ce coup de feu retentisse aux oreilles du monde entier.

 

Les professionnels de l'image n'y avaient rien vu, trop occupés à traquer les dernières particules d'un bonheur passé. C'est un cameraman amateur qui allait, par ses images un peu floues, témoigner du drame.

 

Quarante ans après, les téléphones portables ont remplacé la caméra Super 8. Mais personne, non personne, n'a encore pris la place de photographes professionnels comme Stéphane Gerber. Le talent, que voulez-vous, ne se transmet pas d'un simple coup de fil...

 

Roger Meier, photographe

 

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